« Je vais y arriver, quoi qu’il arrive », le mantra de Sophien Boustani (MyoTec)

Une mauvaise chute, des douleurs persistantes, une combinaison à électrodes : Sophien Boustani, enfant des quartiers Nord de Marseille, a fait d’un accident le point de départ de MyoTec. Portrait d’un obstiné devenu franchiseur.

Sandrine Cazan, writer

Publié le 04/11/2026 , Temps de lecture: 8 min

« Je vais y arriver, quoi qu’il arrive », le mantra de Sophien Boustani (MyoTec)

Fiche d’identité

  • Nom : Sophien Boustani
  • Fonction : fondateur et dirigeant de MyoTec, réseau de studios de sport par électrostimulation
  • Formation : diplômé de coach sportif
  • Parcours : sportif de combat, coaching sportif, puis création de MyoTec
  • Premier club : MyoTec Aix-en-Provence, septembre 2016
  • Réseau : 56 centres dans 10 pays, plus de 50 000 clients
  • Distinctions : Talents des Cités (lauréat régional, puis « coup de cœur » national), Talent Agilité 2019, meilleure franchise de France 2025

Un gamin des quartiers Nord têtu et décidé à y arriver

Chez les Boustani, on est Marseillais, et donc on aime le foot. C’est une famille de football, point. Sophien, lui, a très tôt regardé ailleurs, vers les sports de combat et le muay-thaï plus particulièrement. Pas pour la bagarre, mais pour ce que ces disciplines imposent : « On est seul, on ne peut pas jeter la pierre sur quelqu’un d’autre si on perd », explique Sophien Boustani, fondateur et dirigeant de MyoTec. Une phrase qui résume assez bien l’homme qu’il est.

Ayant grandi dans les quartiers Nord de Marseille, il a appris tôt ce que beaucoup de gamins du coin entendent : il y a des limites, on ne va pas plus loin. Sa réponse tient en une promesse faite à lui-même : « Je vais y arriver, quoi qu’il arrive. »

Il le dit sans détour : « J’ai vu trop de talents gâchés et de potentiels pas exploités. »

Moi, je refusais d’être conditionné. Je suis trop têtu pour ça !

Cette obstination s’appuie sur une conviction simple, qu’il illustre avec une image de son quotidien de père de famille : sa fille qui répète sa poésie jusqu’à la savoir par cœur. « Dans la vie, c’est pareil. Faut répéter, répéter les choses. Et le travail, ça paye. Moi, j’en suis convaincu. »

Il en a tiré une autre certitude, plus viscérale : il n’est pas fait pour la hiérarchie. Pas question de se plier à un modèle, ni de demander la permission. « Dire : “je dois prendre ma journée parce que j’ai un imprévu”, et qu’un être humain en face de moi me réponde oui ou non, c’est un concept que je ne pouvais pas accepter. » Une affaire de liberté, donc, d’abord.

Une mauvaise chute et tout bascule

Le déclic de sauter dans l’entrepreneuriat a un lieu et un geste. Sophien est alors jeune et travaille autour des avions, à l’atterrissage comme au décollage. Ce jour-là, les bagages sont mal arrimés dans la soute. Le mistral souffle et projette les valises sur lui. Il saute. « Avec un mauvais réflexe : je suis tombé les bras tendus. » Hyperextension, nerf comprimé. La sensation est celle qu’on ressent quand on se cogne le coude contre un meuble, sauf qu’elle ne passe jamais : des fourmillements, tout le temps, dans les bras.

Les médecins ne veulent pas opérer, préférant laisser le corps se reconstruire seul. Il faut vivre avec.

C’est alors que son kiné lui parle d’électrostimulation dans le cadre de sa rééducation : vingt minutes, une combinaison bardée d’électrodes. Il se montre franchement sceptique. « Quand on fait du combat, il faut beaucoup d’orgueil. Je lui dis : ton histoire de vingt minutes, j’y crois pas. » On lui répond : essaie, il n’y a rien à perdre. Alors il essaie.

Le coach ne lui fait pas de cadeau. « Il m’a massacré. » Deux jours plus tard, il se réveille avec des courbatures d’une profondeur inédite, et une évidence : « Cette technique, il faut absolument la proposer à des personnes qui sont aux antipodes de la salle de sport. »

Un métier d’humain avant d’être un métier de sport

À cette époque, les premières grandes chaînes de fitness françaises explosent. Sophien trouve dommage qu’elles ne visent que les jeunes. Il passe son diplôme de coach sportif et fait une découverte : on y apprend la théorie, la science du corps, mais rien sur le client, ses attentes, ni sur « les tripes qu’on va mettre à accompagner les gens ».

Pour lui, la vérité du métier est ailleurs : « Un très bon coach, c’est un bon psychologue, parce que c’est un métier social, c’est un métier humain. Les gens se confient à nous. » Il en tire une conviction : l’expérience client sera sa « pierre angulaire ». Et il ne mâche pas ses mots sur les salles traditionnelles : « On rentre, c’est un portail. On ne vous dit pas bonjour, on ne sait pas qui vous êtes. »

Lui rêve de petits studios intimistes, où l’on prend le temps. L’électrostimulation, qui lui manquait comme ingrédient, s’y prête parfaitement : « On ne peut pas mettre une séance en marche et puis lâcher tout le monde. »

Se lancer avec les moyens du bord

En septembre 2016, il ouvre le premier club MyoTec à Aix-en-Provence. Côté banques, le projet ne passe pas : ses rendez-vous durent à peine dix minutes. Il imagine sans peine le raisonnement en face : un grand gaillard débarque pour demander 100 000 € afin d’ouvrir un studio d’électrostimulation. « Il est bizarre, le mec ; il est sorti de nulle part », ironise-t-il aujourd’hui.

Sophien se lance donc, à 26 ans, sans crédit bancaire : prêt à la consommation, campagne de crowdfunding, prêts d’honneur. Il atteint 60 % d’apport. La banque finit par suivre, mais uniquement pour le matériel, avec des garanties très lourdes : 10 000 € bloqués pendant cinq ans et un nantissement sur le fonds de commerce. Il résume l’épopée d’un mot : de la débrouillardise.

Mais le pari, même osé, fonctionne. Un an jour pour jour plus tard, en septembre 2017, il ouvre deux autres clubs.

Déceptions et associations, une leçon de chef d’entreprise

Trois ans après, il en possède neuf en propre. Il compte plus de cinquante salariés, et reconnaît sans détour que « la RH, c’est pas trop mon truc ». Il s’associe alors pour poursuivre l’aventure.

C’est là que survient sa pire claque de chef d’entreprise. « Plus il y a d’humain, plus il y a de chances d’avoir des problèmes, forcément. » Une association qui tourne mal lui apprend à mieux choisir ses partenaires. Une épreuve que connaissent, selon lui, tous les chefs d’entreprise.

Concours Talents des Cités : une revanche sur le passé

La reconnaissance arrive vite. L’année suivant le lancement, il s’inscrit au concours Talents des Cités « vraiment au dernier moment ». Quelques jours après l’épreuve, un coup de téléphone : il est lauréat régional. Puis qualifié pour la finale nationale, où il est élu lauréat « coup de cœur ». « On n’a pas le temps de se rendre compte, tout passe très vite : beaucoup de médias, de presse. » Il se prend au jeu et enchaîne les candidatures : prix de l’entrepreneuriat, Talent Agilité en 2019, puis le titre de meilleure franchise de France en 2025. Il a déjà déposé son dossier pour l’édition suivante.

Y a-t-il, dans cette collection de prix, une revanche sur ceux qui lui expliquaient que, quand on vient des quartiers Nord, on a des limites ? Sa réponse est immédiate : « Complètement. On ne va pas se mentir, c’est une belle revanche ! »

La peur de l’échec, un mal très français

Le jeune entrepreneur est aussi devenu un passeur, pour encourager les jeunes à se lancer dans l’entrepreneuriat. « En France, on a la chance d’avoir de très bons organismes pour accompagner la création d’entreprise. »

Et quand on lui fait remarquer que son discours va à contre-courant de l’idée générale, qui veut que la France mette beaucoup de bâtons dans les roues aux entrepreneurs, il rigole : _« Si vous voulez parler de pression fiscale, il faut réussir pour qu’elle existe ! Quand on se lance, en vrai, le risque est souvent moins grand qu’on ne l’imagine ; c’est après que ça devient compliqué. Donc, ce serait bête de se priver avant même d’avoir essayé.

C’est très français, cette peur de l’échec !

Dans d’autres pays, comme aux États-Unis, échouer est au contraire une preuve qu’on a essayé et c’est plutôt bien perçu ! »_

De chef d’entreprise à franchiseur

Sa réussite à lui est aussi passée par un changement de casquette, sans changer de métier : de patron de clubs, il est devenu franchiseur. Aujourd’hui, le réseau MyoTec compte 56 centres dans 10 pays et plus de 50.000 clients. « On passe nos journées à résoudre des problèmes », les siens, ceux de ses clients, désormais ceux de ses franchisés.

Et c’est plus facile pour lui qui est déjà passé par toutes les étapes que traversent ses franchisés. « Je sais ce qu’ils vivent parce que je l’ai déjà vécu ! Toutes leurs galères, je les ai eues. Et je leur partage les erreurs que j’ai faites pour leur éviter de les reproduire. »

Se lever chaque matin pour aller chercher de la croissance

À un jeune qui hésite parce qu’on lui a dit que ce n’était pas pour lui, Sophien répond en entrepreneur de terrain :

Le plus dur, ce n’est pas de faire en sorte que ça marche, c’est de démarrer.

Trouver le local, négocier le bail, gérer les travaux, les devis, les artisans. Une fois ce cap passé, tout se résume à une seule question : « Si vous savez trouver des clients, vous êtes capable d’être un bon chef d’entreprise. » Le reste s’apprend. Et à celui qui craint de manquer d’expérience, il rappelle qu’on peut s’appuyer sur des parrains et des mentors.

Aujourd’hui, dix ans après l’ouverture de sa première salle, ce qui donne envie de se lever le matin, c’est évidemment la croissance, « encore et toujours ». Mais surtout ces messages de clients : « Je vieillis mieux », « J’ai perdu mes kilos de grossesse, parce que je me trouvais moche ». Une satisfaction personnelle, celle d’avoir un impact réel sur la vie et le bonheur des gens.

Le tout dans un modèle « qui a fait ses preuves. C’est une chance et je sais que je suis un privilégié : j’ai un métier qui est exceptionnel, que j’ai créé et dans lequel je m’éclate. »

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