Le marché de la seconde main, pilier économique durable
Longtemps cantonnée à des usages alternatifs, l'occasion s’impose aujourd’hui comme un marché structurant. En 2024, elle représente 14 Md€ de CA en France. Porté par le pouvoir d’achat, l’économie circulaire et la professionnalisation des acteurs, le secteur ouvre de réelles opportunités.
Sandrine Cazan, writer
Publié le 26/01/2026 , Temps de lecture: 7 min
Occasion : un boom devenu structurel
Longtemps perçue comme une pratique alternative, la seconde main s’est imposée comme un pilier économique à part entière. Sous l’effet combiné de la baisse du pouvoir d’achat, de l’évolution des usages et de la montée des préoccupations environnementales, le marché a changé de dimension.
Selon Xerfi, le marché de la seconde main a généré 14 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France en 2024, en intégrant l’ensemble des flux liés à l’achat et à la vente de biens d’occasion, tous circuits confondus (*). Ce périmètre large reflète le poids économique réel d’un secteur désormais inscrit dans une logique d’économie circulaire, visant à prolonger la durée de vie des produits et à limiter le gaspillage.
Au-delà de cet écosystème global, la seconde main s’organise de plus en plus autour de circuits marchands structurés, portés par des enseignes, des plateformes professionnelles et des réseaux organisés. Une évolution qui transforme en profondeur les modèles économiques et ouvre des perspectives concrètes pour les entrepreneurs et les franchises.
Les moteurs de la demande : pouvoir d’achat, usages et banalisation culturelle
La dynamique actuelle du marché ne relève plus d’un simple effet de contexte. Elle repose sur des facteurs durables qui expliquent l’ancrage profond de la seconde main dans les pratiques de consommation.
Le pouvoir d’achat comme déclencheur durable
Dans un environnement marqué par la tension sur les budgets des ménages, l’argument économique demeure central. D’après l’Observatoire de la seconde main 2025 publié par Vertone, 66 % des Français déclarent acheter d’occasion pour des raisons budgétaires (**).
La seconde main permet d’accéder à des produits mieux positionnés en gamme tout en maîtrisant la dépense. Autrement dit, les consommateurs peuvent acheter mieux pour moins cher. Toutefois, cette motivation ne suffit plus à expliquer seule le succès du marché, qui progresse également auprès de consommateurs au pouvoir d’achat stable.
Une consommation responsable désormais intégrée
La dimension environnementale s’impose comme un moteur structurel. Toujours selon Vertone, 56 % des consommateurs citent des motivations écologiques, liées à la réduction du gaspillage et à l’allongement de la durée de vie des produits.
La seconde main n’est plus perçue comme un acte militant, mais comme une pratique normalisée, intégrée aux arbitrages de consommation du quotidien.
Une pratique massivement installée dans les usages
Le basculement est désormais comportemental. En 2025, plus de 70 % des Français ont acheté ou vendu au moins un produit d’occasion sur les douze derniers mois, selon Vertone. La seconde main n’est plus un marché de niche, mais un marché de masse, qui touche l’ensemble des générations.
Le digital comme accélérateur de maturité
La généralisation des applications mobiles, des plateformes spécialisées et des outils de paiement sécurisés a largement contribué à lever les freins historiques liés à la confiance et à la complexité des transactions. Cette fluidité a accéléré la professionnalisation du marché.
Un marché structuré par circuits et modèles économiques
Derrière le chiffre global de 14 Md€, le marché de la seconde main recouvre des réalités économiques très différentes selon les circuits.
Un écart révélateur de la structuration du marché
Selon des estimations sectorielles relayées par Leboncoin Solutions Pro, le marché marchand structuré de la seconde main en France représenterait environ 7 à 8 Md€ (***), incluant les plateformes professionnelles, les enseignes spécialisées et les réseaux organisés.
L’écart avec le chiffre Xerfi met en évidence un point clé
La valeur se concentre de plus en plus sur les modèles capables de professionnaliser l’offre, au-delà des simples échanges entre particuliers.
Plateformes C2C : un socle d’usages
Les plateformes entre particuliers ont joué un rôle déterminant dans la démocratisation de la seconde main. Leur modèle repose sur des volumes élevés et des marges unitaires faibles.
Elles constituent un socle d’usages, mais restent difficilement transposables en franchise.
Reconditionné et B2C structuré : montée en valeur
À l’inverse, le segment du reconditionné illustre la montée en gamme du marché. Dans l’électronique, près d’un smartphone sur cinq vendu en France est désormais reconditionné, selon les analyses sectorielles compilées par Xerfi. Ce segment pèse plus d’un milliard d’euros et affiche une croissance annuelle à deux chiffres.
L’exigence en matière de qualité, de garantie et de service favorise l’émergence de modèles organisés.
Enseignes physiques et omnicanal
Les enseignes spécialisées et les concepts omnicanaux bénéficient du regain d’intérêt pour la proximité, le conseil et la réassurance. Reprise en magasin, vente en ligne et services associés s’articulent désormais dans une même chaîne de valeur.
Tous les univers ne progressent pas au même rythme. La croissance se concentre sur quelques segments clés.
Mode et textile, locomotive du marché
Selon la CCI Paris Ile-de-France, la mode représente près de 40 % du marché de la seconde main. La seconde main textile progresse deux fois plus vite que le marché du neuf et pèserait plus de 4,6 Md€ en France en 2025.
Luxe d’occasion, structuration accélérée
À l’échelle mondiale, le marché du luxe de seconde main est estimé à environ 77 Md$ en 2025, avec une croissance annuelle proche de 15 %, selon les études sectorielles relayées par la presse spécialisée. Les 18-34 ans y sont fortement sur-représentés.
Électronique reconditionnée, valeur ajoutée élevée
Le reconditionné high-tech s’impose comme l’un des segments les plus rentables, grâce à la maîtrise de l’expertise, du sourcing et du service après-vente.
Automobile, un marché de volumes
Le véhicule d’occasion reste un pilier historique. En janvier 2025, plus de 460 000 immatriculations de véhicules d’occasion ont été enregistrées en France, confirmant un niveau de volumes élevé malgré les ajustements de prix.
En savoir plus
Le marché des véhicules d’occasionLa mutation des enseignes : de l’expérimentation à l’intégration stratégique
Entre 2023 et 2025, la seconde main est passée du statut d’initiative opportuniste à celui de levier stratégique. Les enseignes l’intègrent désormais comme un outil de diversification, de fidélisation et de sécurisation des volumes.
L’omnicanal devient la norme, avec des parcours intégrant reprise, revente, réparation et services associés. La seconde main s’impose également comme un outil relationnel puissant.
Profils et comportements des consommateurs
Les 18-34 ans jouent un rôle moteur dans l’essor de la seconde main, notamment sur la mode et le luxe d’occasion. Leur rapport décomplexé à la valeur d’usage accélère l’adoption.
Cette dynamique se diffuse vers les générations plus installées, élargissant le marché adressable. Les attentes évoluent vers davantage de qualité, de transparence et de service.
Enjeux et risques pour les enseignes et les franchises
La seconde main constitue un relais de croissance crédible sur des marchés matures, mais elle ne s’improvise pas. Le risque de cannibalisation du neuf, la cohérence du positionnement et la complexité opérationnelle figurent parmi les principaux points de vigilance.
Ces contraintes renforcent l’intérêt des modèles organisés, capables de mutualiser les outils et les expertises.
Franchise et seconde main : un terrain d’opportunités structurant
À mesure que la seconde main s’ancre durablement dans les usages, elle devient un véritable champ d’opportunités pour les porteurs de projet. Les segments les plus adaptés aux modèles franchisés concernent le reconditionné high-tech, la mode, l’équipement de l’enfant, le mobilier, les concepts généralistes d’achat-revente et la mobilité.
La seconde main peut offrir des marges attractives, à condition de maîtriser le sourcing, la qualité, le pricing et le service. Selon les projections convergentes de Xerfi, le marché marchand structuré de la seconde main pourrait dépasser les 10 Md€ à horizon 2030, porté par le durcissement des exigences RSE et la montée en puissance de l’économie circulaire.
Pour les entrepreneurs, l’enjeu n’est plus de savoir si la seconde main est une tendance, mais de choisir le bon concept, capable de transformer cette dynamique de fond en modèle économique durable.
( * ) Le marché de la seconde main à l’horizon 2027 Etude Xerfi - juin 2025
( ** ) Observatoire seconde main 2025, Vertone – février 2025
( *** ) La seconde main en 2025 : qu’attendent vraiment les Français ? Leboncoin – juillet 2025
Les franchises qui recrutent dans le même secteur
Sandrine Cazan, writer








