Profil des intérimaires en France : quelles évolutions ?

Genre, âge, diplômes, catégorie socioprofessionnelle, rapport au statut : le profil des 2,9 millions d'intérimaires français évolue vite. Voici ce que révèlent les données 2024-2025 sur cette population en pleine mutation.

Sandrine Cazan, writer

Publié le 14/12/2016 , Mis à jour le 12/08/2026, Temps de lecture: 4 min

Profil des intérimaires en France : quelles évolutions ?

En bref

  • Le nombre d’heures travaillées par intérimaire continue de baisser (-5,4 % en 2024), signe de missions toujours plus courtes et fragmentées.
  • La féminisation du secteur se poursuit (environ un tiers des effectifs) mais reste très en retrait de la parité observée dans l’emploi salarié global.
  • Les jeunes restent surreprésentés (34 % de moins de 25 ans), avec un niveau de diplôme plus élevé qu’on ne l’imagine souvent.
  • Les « cols blancs » progressent, portés par un phénomène nouveau et notable : l’essor de l’intérim cadre (près de 40 000 personnes en 2024).
  • L’intérim est de plus en plus un choix assumé : 44,4 % des intérimaires déclarent avoir choisi ce statut, contre 26,3 % en moyenne pour les CDD/intérim confondus.

Des missions plus courtes et fragmentées

En 2024, l’Observatoire de l’Intérim et du Recrutement recensait 2.900.361 salariés intérimaires en France, accompagnés par 12.340 agences d’emploi. Ce chiffre, en retrait par rapport au record de 2022 (plus de 3 millions), confirme une tendance de fond déjà amorcée les années précédentes : le volume d’heures travaillées baisse plus vite que le nombre de personnes concernées.

En 2024, les heures travaillées en intérim ont reculé de 5,4 % sur un an, contre une baisse de 2,8 % seulement du nombre de personnes ayant occupé au moins une mission.

Autrement dit, chaque intérimaire travaille en moyenne un peu moins qu’auparavant, une dynamique qui prolonge le mouvement déjà observé entre 2018 et 2022, période durant laquelle le volume moyen d’heures annuelles était passé de 506 à 464 heures.

Une féminisation qui se poursuit, mais reste minoritaire

La part des femmes parmi les intérimaires continue de progresser : elle est aujourd’hui estimée à environ 32 %, contre 25 % sept ans plus tôt, selon les données de l’OIR. Cette hausse est notable, mais l’intérim demeure un secteur très majoritairement masculin, loin de la quasi-parité observée dans l’ensemble de l’emploi salarié français (49 % de femmes fin 2024, selon l’Insee).

Les jeunes restent surreprésentés, avec un profil plus diplômé qu’on ne l’imagine

Les moins de 25 ans représentent 34 % des effectifs intérimaires, soit près d’un million de salariés (982 475 personnes), et la tranche des 25-34 ans en représente 28 % supplémentaires.

Loin de l’image d’un public peu qualifié, une étude menée par BVA People Consulting pour l’OIR détaille ce profil jeune :

  • 47 % ont un niveau bac
  • 27 % un niveau supérieur au bac
  • 20 % un niveau infra-bac
  • seulement 7 % sont sans diplôme.

Autre enseignement clé : près d’un jeune intérimaire sur deux (48 %) poursuit des études en parallèle de ses missions, ce qui traduit un usage de l’intérim comme complément de financement des études plutôt que comme solution d’attente subie.

Deux jeunes intérimaires sur trois occupent malgré tout un poste d’ouvrier.

Les seniors, un profil émergent que la branche commence à étudier de près

À l’autre bout du spectre des âges, la présence des salariés de 50 ans et plus progresse également : selon Prism’emploi, 13,4 % des actifs de cette tranche d’âge en emploi sont intérimaires, une proportion qui grimpe nettement dans des secteurs comme la logistique ou la grande distribution.

Ce segment est désormais suffisamment significatif pour que l’OIR y consacre un volet spécifique de son étude annuelle, intitulé « Seniors dans l’intérim », portant sur les motivations d’entrée dans le statut, l’évolution de l’activité et les projections de carrière de ce public ; signe que la branche le considère comme un axe de profil à part entière, et plus seulement comme une variable d’ajustement de fin de carrière.

La montée des « cols blancs » se confirme, avec une nouveauté marquante : l’essor de l’intérim cadre

Les ouvriers restent la catégorie la plus représentée parmi les intérimaires (72,5 % des effectifs selon la dernière ventilation disponible : 38,4 % d’ouvriers qualifiés et 34,1 % de non qualifiés), mais la part des « cols blancs » (employés (15,1 %), cadres (7,5 %) et professions intermédiaires (5 %)) continue de croître, à hauteur de 27,6 % des effectifs.

Le fait le plus marquant de la période 2024-2025 concerne un segment encore marginal en volume, mais en forte expansion : l’intérim cadre. Selon le Rapport économique et social 2024 de Prism’emploi, environ 40.000 personnes ont exercé des fonctions de cadre en intérim au cours de l’année (soit près de 13.000 équivalents temps plein), un développement que la fédération professionnelle qualifie elle-même d’« une des évolutions les plus significatives » pour le secteur.

Ce mouvement traduit une évolution des aspirations professionnelles : certains cadres choisissent désormais de construire leur trajectoire autour d’une succession de missions qualifiantes, l’agence d’emploi jouant alors un rôle de partenaire de carrière plutôt que de simple intermédiaire de dépannage.

À noter toutefois une nuance conjoncturelle importante pour 2024 : le ralentissement du marché a touché plus durement les cols blancs que les ouvriers (cadres et professions intermédiaires : -8,8 % sur un an ; employés : -10,7 % ; contre -6,2 % pour les ouvriers qualifiés et -3,7 % pour les non qualifiés, selon le baromètre Prism’emploi d’octobre 2024). La montée structurelle des profils qualifiés coexiste donc, à court terme, avec une sensibilité accrue de ces mêmes profils aux cycles économiques.

Un autre facteur mérite d’être mentionné pour les métiers de santé : un décret encadrant l’exercice en intérim de certaines professions médicales a fait chuter la part de ces postes dans les recrutements de cadres et employés qualifiés réalisés par les agences d’emploi, passée de près de 25 % en 2023 à moins de 8 % en 2024.

Une industrie qui se maintient, mais se recompose

L’industrie demeure le premier secteur utilisateur d’intérim, mais sa reprise en 2024-2025 est sélective : elle se concentre sur l’agroalimentaire, la pharmacie et l’aéronautique, des filières qui recrutent des profils plus techniques que l’industrie manufacturière traditionnelle.

À l’inverse, plusieurs pans du tertiaire (médico-social, événementiel, services aux particuliers, fonctions administratives) et, par intermittence, le BTP, ont vu leur recours à l’intérim reculer sur la période ; une dynamique qui va, elle aussi, dans le sens d’un profil intérimaire globalement plus qualifié, y compris dans les secteurs historiquement associés aux métiers d’exécution.

Un intérim de plus en plus choisi

Sur le plan de la perception du statut, la donnée la plus robuste et la plus récente provient de l’enquête Emploi 2024 de l’Insee : 44,4 % des intérimaires déclarent avoir choisi ce type de contrat, une proportion nettement supérieure à celle observée sur l’ensemble des salariés en CDD ou en intérim confondus (26,3 %), et plus élevée encore chez les moins de 25 ans (38,1 %).

Cette donnée officielle confirme, avec une source vérifiable, ce que plusieurs baromètres professionnels observent depuis plusieurs années : l’intérim n’est plus perçu uniquement comme une solution de transition avant un CDI, mais de plus en plus comme un choix assumé, en particulier chez les jeunes actifs.


Sources

  • Observatoire de l’Intérim et du Recrutement (OIR) - chiffres clés 2024 : observatoire-interim-recrutement.fr
  • Prism’emploi - Baromètre mensuel de l’emploi intérimaire, octobre 2024 : prismemploi.eu
  • Prism’emploi - Bilan 2024 et propositions 2025 : prismemploi.eu
  • Insee - « Statuts d’emploi », enquête Emploi 2024 : insee.fr
  • Adecco / Prism’emploi - données seniors en intérim : adecco.fr

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