Financer sa franchise : les dispositifs à activer pour boucler son tour de table

Prêt bancaire, prêt d'honneur, ARCE, crowdfunding... Chaque dispositif répond à un besoin précis. Voici comment les combiner intelligemment pour constituer un plan de financement solide et convaincre votre banquier.

Benjamin Thomas, writer

Publié le 30/10/2020 , Mis à jour le 30/06/2026, Temps de lecture: 11 min

Financer sa franchise : les dispositifs à activer pour boucler son tour de table

En bref

  • L’apport personnel reste le socle incontournable : visez entre 30% et 40% de l’investissement total.

  • Le prêt d’honneur est à taux 0, sans garantie : un levier puissant pour gonfler votre apport.

  • L’ACRE a été profondément réformée au 1er janvier 2026 : elle n’est plus automatique.

  • L’ARCE vous permet de percevoir 60% de vos droits chômage restants en capital.

  • Plusieurs dispositifs sont cumulables : construire un montage hybride est la règle, pas l’exception.

Sommaire

  1. Vos économies et la love money

  2. Le prêt d’honneur

  3. Le microcrédit de l’Adie

  4. Les aides et allégements : ACRE, ARCE et dispositifs régionaux

  5. Le financement participatif

  6. Le prêt bancaire professionnel

  7. Le leasing et le crédit-bail

  8. Comment combiner ces dispositifs


Comprendre la logique avant de lever des fonds

Avant d’activer le moindre dispositif, il faut intégrer une règle fondamentale : le banquier ne prête qu’à quelqu’un qui apporte déjà quelque chose. Votre apport personnel, c’est le point de départ. Il doit en général représenter entre 30% et 40% de l’investissement total selon le projet et le secteur d’activité. Plus votre projet comporte d’immatériel (loyers, salaires, frais de démarrage), plus le banquier demandera un apport élevé.

L’objectif des dispositifs listés ci-dessous est double : soit renforcer votre apport pour débloquer un prêt bancaire, soit réduire le montant total à financer pour diminuer la dette.


Vos économies et la love money

Vos économies constituent le premier pilier de l’apport. Attention : ne mettez pas la totalité de votre épargne dans votre projet. Conservez un matelas de sécurité personnel. Il est également fortement déconseillé de vendre sa résidence principale pour financer une création d’entreprise.

La love money consiste à solliciter famille ou amis. Plusieurs options existent :

  • Prêt direct : vos proches vous prêtent une somme que vous remboursez selon des modalités définies à l’avance.

  • Entrée au capital : en contrepartie, ils reçoivent des parts de la société. Attention, certains franchiseurs n’apprécient pas les associés inactifs extérieurs au contrat. Parlez-en à votre enseigne avant de finaliser.

  • Royalties crowdfunding : vos proches investissent via une plateforme spécialisée et perçoivent une redevance sur votre chiffre d’affaires. Ces royalties s’ajoutent à celles dues à l’enseigne : vérifiez la viabilité de votre modèle économique avant de vous engager.


Le prêt d’honneur

Le prêt d’honneur est accordé à titre personnel, sans intérêt, sans garantie ni caution. Il est versé au créateur, qui l’apporte ensuite dans son entreprise. Ce mécanisme augmente votre niveau d’apport apparent et facilite l’obtention d’un crédit professionnel.

Les deux principaux réseaux sont :

  • Initiative France : selon les données publiées par Initiative France, le prêt varie généralement de 3.000€ à 25.000€ selon les territoires (jusqu’à 40.000€ pour les projets de croissance), pour un montant moyen accordé d’environ 10.000 à 11.000€. L’effet de levier est significatif : 1€ de prêt d’honneur Initiative génère en moyenne 9,5€ de financement bancaire supplémentaire.

  • Réseau Entreprendre : les prêts s’échelonnent généralement de 15.000€ à 50.000€ (et jusqu’à 90.000€ pour les projets de développement structurant), pour un montant moyen d’environ 37.500€ par projet, selon le rapport d’activité du Réseau Entreprendre 2024). Pour 1€ accordé, Réseau Entreprendre indique un effet de levier bancaire moyen de 13€.

Ces prêts ne sont accordés que si une banque s’engage parallèlement à financer votre projet. A noter que le fait d’être sélectionné par ces organismes crédibilise aussi votre dossier.


Le microcrédit de l’Adie

L’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique) intervient pour les porteurs de projet qui n’ont pas accès au crédit bancaire classique. Le montant du microcrédit peut atteindre 15.000€, remboursable sur 6 à 48 mois. Le taux est fixe et supérieur à celui d’un prêt bancaire classique, ce qui reflète le profil de risque des bénéficiaires. Une contribution de solidarité est appliquée en sus. Consultez adie.org pour les conditions tarifaires en vigueur.

Une personne de l’entourage doit se porter garante à hauteur de 50% du montant emprunté.

En complément, l’Adie propose une avance jusqu’à 3.000€ à taux zéro (le Prêt Apport en Capital), accordée aux bénéficiaires d’un microcrédit Adie et dont le remboursement peut être différé jusqu’à 24 mois.

Ce dispositif s’adresse à de nombreux profils (demandeurs d’emploi, allocataires de minima sociaux, jeunes, etc.) et ne nécessite pas un plan de financement global très élevé.


Les aides et allégements : ACRE, ARCE et dispositifs régionaux

L’ACRE : attention, les règles ont changé en 2026

L’Aide à la création ou à la reprise d’entreprise (ACRE) permet de bénéficier d’une exonération partielle de cotisations sociales. Mais depuis le 1er janvier 2026, le dispositif a été profondément réformé :

  • L’ACRE n’est plus automatique : une demande doit être adressée à l’Urssaf au plus tard 60 jours après l’ouverture d’activité.

  • Elle est désormais réservée à certains profils : demandeurs d’emploi indemnisés ou non (inscrits depuis plus de 6 mois sur les 18 derniers), bénéficiaires du RSA ou de l’ASS, 25 ans révolus (moins de 30 ans en cas de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé), créateurs dans un QPV (Quartier Prioritaire de la Ville) ou une ZFRR (Zone France Ruralités Revitalisation), bénéficiaires de la PreParE, personnes ayant conclu un CAPE, salariés ou licenciés d’une entreprise en procédure collective (sauvegarde, redressement, liquidation) reprenant cette activité.

  • Pour les entrepreneurs individuels au régime réel et les dirigeants de société, l’exonération est de 25% des cotisations pendant 12 mois (pour les revenus inférieurs à 75% du PASS, soit 36.045€ en 2026), avec une exonération dégressive entre 75% et 100% du PASS (48.060€ en 2026).

  • Pour les micro-entrepreneurs, le taux d’exonération est de 50% jusqu’au 30 juin 2026, puis passe à 25% à compter du 1er juillet 2026.

Les conditions d’éligibilité étant strictes et récemment modifiées, il est recommandé de valider votre situation avec l’Urssaf ou un expert-comptable avant de vous engager.

L’ARCE : percevoir ses droits chômage en capital

Si vous êtes demandeur d’emploi indemnisé et créez votre entreprise, vous pouvez opter pour l’Aide à la reprise et à la création d’entreprise (ARCE). Selon France Travail, le montant de l’ARCE correspond à 60% des droits ARE restants à la date de création, versés en deux fois :

  • 50% du capital à la date de création de l’entreprise.

  • 50% restants six mois plus tard, sous réserve que l’activité soit toujours exercée et que vous ne soyez pas titulaire d’un CDI à temps plein.

Une retenue de 3% pour le financement des retraites complémentaires est appliquée. L’ARCE est imposable à l’impôt sur le revenu dans la catégorie traitements et salaires.

Attention : ARCE et maintien de l’ARE (cumul des allocations avec les revenus d’activité) sont deux options exclusives. Il faut choisir. Notez que l’obtention de l’ACRE est un prérequis pour bénéficier de l’ARCE.

Votre projet de création peut également vous donner droit à l’ARE en cas de démission. Si vous êtes salarié en CDI depuis au moins 5 ans, vous pouvez démissionner pour créer une entreprise et percevoir l’ARE, à condition de faire valider votre projet par une Commission Paritaire Interprofessionnelle Régionale (CPIR), après passage obligatoire par un Conseiller en Évolution Professionnelle (CEP). Ces démarches doivent être réalisées avant la démission.

Les dispositifs régionaux

Suite au transfert de compétences issu de la loi NOTRe (2015), les Régions gèrent depuis janvier 2017 leurs propres dispositifs d’accompagnement à la création et à la reprise d’entreprise (ex-dispositif NACRE). Critères et modalités varient selon les territoires. Le site Bpifrance Création recense les dispositifs disponibles par région.


Le financement participatif

Le crowdfunding peut compléter votre apport ou financer une partie de votre projet. Deux formes sont pertinentes pour les créateurs en franchise :

  • Le royalties crowdfunding : des investisseurs perçoivent une redevance sur votre chiffre d’affaires (généralement pendant 5 ans). Aucune part du capital n’est cédée. Le versement est conditionné à la réalisation du chiffre d’affaires : si vous ne vendez pas, vous ne reversez rien. C’est un outil gagnant-gagnant, mais qui s’additionne aux royalties dues à votre franchiseur.

  • Le crowdlending : des plateformes spécialisées accordent des prêts aux créateurs en franchise, souvent sans prise de garantie ou caution personnelle. Ces prêts ont un taux d’intérêt généralement plus élevé qu’un prêt bancaire classique. Ils financent utilement la partie immatérielle du projet (ce sur quoi la banque ne souhaite pas s’engager).


Le prêt bancaire professionnel

Le prêt bancaire reste la principale source de financement externe pour un projet de franchise. Les banquiers financent bien la création en franchise, à condition que le dossier soit solide et que l’enseigne soit reconnue.

Quelques points d’attention pour optimiser votre dossier :

  • Demandez un différé de remboursement de 6 mois : cela vous laisse le temps de lancer l’activité avant de rembourser.

  • Intégrez un crédit de TVA : le prêt bancaire classique finance la partie hors taxes. Vous devrez avancer la TVA sur vos travaux d’aménagement, qui sera remboursée par le fisc plusieurs mois plus tard. Un crédit de TVA comble ce décalage de trésorerie.

  • Comparez les assurances emprunteur : une délégation d’assurance auprès d’un assureur externe est souvent bien moins coûteuse que l’assurance proposée par la banque.

  • Limitez la caution personnelle : si votre banquier l’exige, négociez son montant à la baisse et excluez expressément votre résidence principale de son périmètre. Des organismes de cautionnement comme Bpifrance ou la SIAGI peuvent prendre en charge une partie de la garantie.

Pour plus de détails sur la façon de convaincre votre banquier, consultez ce que les banques veulent vraiment pour un financement de franchise.


Le leasing et le crédit-bail

Si votre apport est insuffisant et que vous devez financer du matériel, le leasing est une alternative utile. Le principe : une société achète le matériel à votre place et vous le loue. L’investissement devient une charge d’exploitation et non une dette au bilan. En réduisant le montant total à financer par emprunt, le leasing peut faire passer un dossier qui était borderline.

Leasing Crédit-bail
Propriété du bien Société de leasing Crédit-bailleur
Option d’achat en fin de contrat Possible Oui, à prix défini à l’avance
Flexibilité de sortie Souvent possible Engagement sur la durée, sortie difficile
Coût Plus élevé qu’un crédit Moins cher que le leasing
Risque Modéré Plus élevé (engagement ferme)

Les secteurs nécessitant des investissements matériels lourds (équipements professionnels, restauration, sport, mobilité) ont largement recours à ces outils.


Comment combiner ces dispositifs

Un plan de financement de franchise est rarement mono-source. La logique est la suivante :

  1. Constituez votre apport : économies + love money + prêt d’honneur + ARCE si éligible.

  2. Réduisez le besoin de financement bancaire : via le leasing sur le matériel et le crowdlending sur l’immatériel.

  3. Sollicitez la banque avec un dossier crédible : business plan, présentation de l’enseigne, garanties adaptées.

  4. Activez les allégements de charges : ACRE si vous êtes éligible, dispositifs régionaux.

Pour structurer votre montage de A à Z, consultez comment financer sa franchise étape par étape.

N’hésitez pas à vous faire accompagner par un expert-comptable, un courtier en financement professionnel ou votre franchiseur pour optimiser votre dossier.


Questions Fréquentes

Quel apport personnel minimum faut-il pour ouvrir une franchise ?

En règle générale, les banques demandent un apport compris entre 30% et 40% de l’investissement total. Ce pourcentage peut varier selon le secteur, la nature des actifs à financer et la solidité globale du dossier.

Peut-on cumuler ARCE et ACRE ?

Oui. Les deux dispositifs sont cumulables. En revanche, ARCE et maintien de l’ARE (cumul des allocations avec les revenus de l’activité) sont exclusifs l’un de l’autre : il faut choisir.

L’ACRE est-elle encore accessible à tous les créateurs en 2026 ?

Non. Depuis le 1er janvier 2026, l’ACRE n’est plus automatique et est réservée à des profils spécifiques (demandeurs d’emploi, bénéficiaires de minima sociaux, jeunes, créateurs en QPV ou ZFRR, etc.). Une demande doit être faite auprès de l’Urssaf dans les 60 jours suivant la création.

À quoi sert le prêt d’honneur pour un candidat à la franchise ?

Le prêt d’honneur, accordé à titre personnel, à taux 0 et sans garantie, permet d’augmenter artificiellement votre apport personnel. Il déclenche ainsi un effet de levier bancaire important : selon Initiative France, 1€ de prêt d’honneur génère en moyenne 9,5€ de financement bancaire complémentaire.

Peut-on financer une franchise via le crowdfunding ?

Oui. Le crowdlending permet de financer la partie immatérielle du projet, souvent sans garantie. Le royalties crowdfunding est une autre option, mais les redevances versées aux investisseurs s’ajoutent aux royalties dues à l’enseigne : à intégrer dans votre prévisionnel.

Qu’est-ce que le crédit de TVA et pourquoi le demander à la banque ?

Le prêt bancaire classique finance la partie hors taxes de l’investissement. Lors des travaux d’aménagement, vous avancez la TVA que le fisc vous remboursera plusieurs mois plus tard. Un crédit de TVA complémentaire permet d’éviter ce trou de trésorerie au démarrage.


Sources :

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