vendredi 1 août 2008
Un acteur à connaître : le courtier en financement
Par Administrateur, vendredi 1 août 2008 à 13:39 :: Financement
Jean-Philippe Deltour http://www.creditrelax.com
CV : Jean-Philippe Deltour est gérant et co-fondateur de Creditrelax, un cabinet de conseil et de courtage spécialisé en crédit à l'usage des professionnels.
Interview :
Le courtage en financement professionnel n'est pas courant, en quoi cela consiste-t-il ?
Le courtier en financement professionnel apporte un service complet, allant bien au-delà de la simple mise en relation entre créateur et banquier. Ses conseils portent sur l'ensemble du montage du dossier : étude de la faisabilité du dossier, validation du prévisionnel, avis extérieur sur la valorisation de l'affaire rachetée, validation de l'apport nécessaire, explication du fonctionnement des crédits bancaires professionnels (notamment les garanties) et choix des banques a priori les mieux placées pour offrir le meilleur service. Le courtier en financement professionnel n'est pas un "chasseur" de taux comme peut l'être le courtier en financement particulier. Il privilégie plutôt une solution globale pour répondre à une recherche de financement, son objectif étant d'optimiser les différents paramètres d'un crédit professionnel : taux, durée, garanties, cautions, assurances, frais de tenue de compte, commissions carte bleue, etc.
Qu'apporte un courtier à son client ?
La recherche et l'obtention d'un financement professionnel est un parcours long aux multiples trajets possibles. L'entrepreneur souhaitant financer son projet de reprise d'entreprise ou de commerce emprunte le plus souvent le premier chemin que sa banque lui indique. Or, le plus court chemin n'est pas forcément le meilleur. Bien souvent, les conditions sont améliorables et certains refus sont… contournables ! Dans ce contexte, le courtier en financement professionnel est amené dès son premier contact avec l'entrepreneur à tracer une "feuille de route" d'après les informations transmises (secteur d'activité, objet du financement, expérience professionnelle, apport personnel dans l'opération, surface patrimoniale des associés, etc.). L'objectif est de dessiner la "voie royale" pour l'entrepreneur : délais de traitement raccourcis, négociation avec les banques et optimisation des paramètres du crédit.
En quoi le courtier est-il plus efficace que le porteur de projet dans la prise de contact avec les banques ?
Le courtier est un professionnel établi et reconnu, qui est amené à être en relation fréquente avec les banques et plus particulièrement avec leurs organes de décisions de crédit, à l'échelon régional ou national. De ce fait, il est possible d'établir une relation de confiance dans la durée, au fil des dossiers traités. Les banques sont alors plus enclines à considérer un dossier que lorsqu'il est présenté par le seul porteur de projet à travers le chargé de clientèle de l'agence bancaire qu'il a contactée.
En retour, qu'est-ce qui motive les banques à travailler avec vous ?
Les banques ont rapidement vu l'intérêt qu'il y avait pour elles à regarder des dossiers correctement présentés et "raisonnables" en termes de financement. En effet, elles n'ont aucun intérêt à regarder des dossiers mal présentés ou qui ne sont pas finançables, car elles perdent du temps et doivent de plus gérer ensuite le refus du crédit à leur client.
La rencontre de la banque avec le porteur de projet est un élément déterminant de la décision de financement. Comment gérez-vous ce contact ?
Transmettre un dossier à un courtier ne sous-entend pas que le porteur de projet ne rencontrera pas son futur banquier. Mais seules les banques intéressées demanderont à entrer en relation avec le porteur de projet. Le rapport de force est alors inversé : le banquier demande à rencontrer le porteur de projet et non l'inverse...
Comment se déroule votre mission ?
Un bon courtier se doit d'écouter attentivement son client pour lui poser les questions ciblées qui lui permettront d'analyser les problématiques du dossier et d'évaluer sa capacité à les lever. Il doit ensuite demander une liste exhaustive de documents afin de pouvoir établir un diagnostic qualifié. Sur ces bases, le courtier élabore ensuite le montage adéquat du dossier, puis sélectionne parmi ses partenaires bancaires ceux dont les comités de crédit sont les plus susceptibles d'apprécier favorablement le projet et de permettre sa réalisation en accordant le prêt. Le courtier adapte en amont les demandes du client aux exigences de la banque. Une fois les réponses favorables obtenues (et un bon courtier aura un faible taux d'échec s'il a respecté les étapes précédentes), il négocie les conditions optimales de crédit.
Comment se contractualise la mission qui vous est confiée ?
Le courtier fait signer un mandat à son client dans lequel il précise sa mission et ses engagements en termes de conseil, du nombre de banques sollicitées ainsi que du délai maximum de présentation du dossier à ses partenaires dès réception de l'ensemble des documents demandés.
Combien coûte l'intervention d'un courtier ?
Le courtier travaille au résultat : c'est la preuve de sa confiance dans la valeur ajoutée qu'il apporte à son client. Le client n'engage pas de frais avant d'avoir obtenu le prêt qui le satisfait. Il faut tabler sur une commission de succès de l'ordre de 1% à 2% du montant de financement obtenu. En complément, certains dossiers peuvent justifier des frais d'étude.
Parlez-nous de situations couvertes récemment ?
Nous intervenons sur de nombreux projets. Par exemple, dernièrement l'un de nos clients nous a mandaté pour la recherche du financement d'un projet de restaurant italien gastronomique, dans le 6ème arrondissement de Paris. Il s'agissait de la reprise du fonds de commerce d'un bistrot de 40 couverts qui offre actuellement une carte "cuisine française traditionnelle". Nous avons aidé les porteurs de projet dès le début des négociations et notre intervention a permis d'obtenir un prêt de 190 000 € sur sept ans, pour un projet d'un montant total de 300 000 €. Sur une autre intervention, nous avons été sollicités pour le financement de la mise en franchise d'une unité actuellement exploitée en succursale, à l'enseigne KFC (restauration rapide) dans la région Est. Le porteur de projet a une longue expérience du commerce notamment en tant que gérant. Le montant du projet s'élevait à 750 000 €. Nous avons négocié le financement de cette opération en constituant un pool bancaire entre deux banques pour un emprunt de 550 000 € sur sept ans. Un dernier exemple... Nous avons été mandatés pour la recherche du financement, via une SARL holding, du rachat des parts sociales d'une SAS spécialisée dans les travaux d'installation électrique. Cette société génère 2 000 000 € de chiffre d'affaires et emploie 18 salariés, avec une prévision d'embauche de 4 autres personnes dans les 3 ans. Le prix de vente frais inclus est fixé à 1 100 000 €. Le porteur de projet dispose d'un apport de 430 000 € auquel il faut ajouter 70 000 € de trésorerie disponible sur la cible pouvant être remontée dans la holding en dividendes exceptionnels. Nous avons recherché auprès de nos partenaires bancaires une dette senior de 600 000 € sur une durée de 7 ans.
Est-il difficile de se financer aujourd'hui ?
Il est vrai que les banques, depuis le début de l'année, ont durci leurs critères d'attribution de crédit aux professionnels. Cependant, un projet de qualité trouve toujours financement lorsque les fondamentaux sont respectés : une bonne expérience du porteur de projet, qui doit généralement être un professionnel expérimenté, un apport personnel suffisant, preuve de la participation au risque ainsi que des éléments financiers rassurants (rentabilité, cohérence du prix d'acquisition…).
Merci de cet éclairage, pouvez-vous nous présenter Creditrelax en quelques mots ?
Avec mon associé, Stéphane Kirsch, nous avons fondé Creditrelax il y a maintenant 3 ans. Nous avons établi des relations permanentes avec huit banques et nous couvrons la France entière à travers une agence parisienne et une autre à Marseille, ouverte au cours de l'année. Notre montée en charge nous pousse à être présents dans les grandes métropoles régionales à court terme.
Propos recueillis en juin 2008 par Yannick Hoche (www.apce.com)

















